LE KYUDO


Art Martial - kyudo

Pratique du tir à l'arc, dérivée du Kyu-jutsu, et organisée au Japon dans le cadre de la Zen Nihon Kyudo Renmei fondée en 1948


Dans le Japon ancien, les maîtres du tir à l'arc étaient vénérés à l'égal des Roshi du Zen. A mesure que, avec l'introduction des armes à feu à partir de la fin du XVIe siècle, le tir à l'arc perdit de son intérêt sur le champ de bataille, il devint l'un des moyens pour la recherche de la maîtrise de soi, au même titre que d'autres arts martiaux évoluant de Bugeu en Budo. Dès 1660, Morikawa Kozan fonda l'école Yamato-ryu, synthèse de la technique de Heki-ryu et de l'aspect cérémoniel de Ogasawara-ryu, et utilise pour la première fois l'appellation Kyudo.
Au cours de la Restauration Meiji (1868-1912) les arts martiaux classiques (Budo) tombèrent en désuétude. Mais les écoles traditionnelles de tir à l'arc survécurent : Ogasawara-ryu, Heki-ryu et Honda-ryu.



Après la levée de l'interdit qui avait pesé sur les arts martiaux japonais après la défaite de 1945, les maîtres de Kyudo, notamment Awa Kenzo et Anzawa Heijiro, disciple du précédent, mirent au point une méthode qui fut la synthèse des sensibilités des différentes écoles et harmoniser enseignement et passages de grades : ce furent les Hassetsu, les 8 positions que prend l'archer de la préparation au tir jusqu'à l'accompagnement mental de la flèche une fois lâchée. Aujourd'hui chaque grande université du Japon, voire chaque grande entreprise, possède son propre Dojo pour pratiquer du Kyudo.

Evolution du Kyudo


Le développement de cette discipline hors du Japon doit beaucoup à un célèbre petit ouvrage de l'Allemand Herrigel Eugen, "Le Zen dans la Voie chevaleresque du tir à l'arc", qui suscita un vif intérêt dans les milieux où les arts martiaux étaient vécus en tant que voies spirituelles. Deux maîtres nippons furent également des pionniers de leur art à l'étranger : Inagaki Genshiro, du Heki-ryu, et Onuma Hideharu, disciple d'Anzawa, vinrent les premiers en Europe, à Paris, Hambourg, Londres, en 1967. En 1969 Anzawa Sensei se déplaça lui-même avec une délégation composée des maîtres Onuma, Kitajima et Suhara. La "Voie de l'arc" est une discipline du Budo : l'une des voies possibles de la Réalisation de l'Etre, du perfectionnement de l'individu (son utilisation guerrière, celle du temps du Kyu-jutsu, étant devenu parfaitement anachronique). Le Shado est l'approche plus métaphysique du tir à l'arc : c'est la patique du Kyudo avec l'esprit du Zen. A ce niveau, le tir à l'arc devient Voie intérieure du "lâcher-prise", état mental et émotionnel recherché par tous les grands courants philosophiques et religieux de l'Extrême-Orient. Pour les maîtres de l'art, le Kyudo est la Voie "du Vrai, du Bien, du Beau". Il ne faut pas seulement viser la cible, comme dans un tir sportif, pas seulement chercher à pénétrer la cible comme dans un tir guerrier, mais placer la flèche dans la cible avant même qu'elle n'ait quitté l'arc ...

Les exercices de base du Kyudo reposent sur le Kihontai et les Hassetsu, qui sont au tir à l'arc ce qu'est le Kata à d'autres arts martiaux. Que ce soit pour le tir sur cible ou sur paillasson, le processus aboutissant au lâcher de la flèche est rigoureusement codifié en fonction des circonstances, du type de tir, du nombre de participants, et aussi en fonction des écoles. Et même s'il s'agit d'un simple tir d'entraînement pratiqué en solo, les procédures restent les mêmes. L'archer porte un Hakama, comme l'Aikidoka ou le Kendoka.
Il y a de nombreuses formes de tir, suivant toutes un rituel très précis. Ainsi par exemple :

- Tir sur cible (Mato), sous forme de tir Enteki ou Kanteki
- Tir à la Makiwara (Makiwara-jarai)
- Tir de purification pour le nouvel an (Yabahajime)
- Tirs successifs de trois maîtres sur une cible (Hitotsu-mato-san-nin-jarai)
- Tir d'un maître avec deux assistants (Yawatashi)
- Tir à cheval (Yabusame)
- Tir religieux avec récitation de prières (Seka-ha)
- etc...