LE KOBUDO


Art Martial - kobudo

Le Kobudo représent les arts martiaux pratiqués avec des armes non conventionnelles ou moins courantes.


Il existe historiquement des Kobudo japonais et des Kobudo d'Okinawa. Les deux systèmes d'armes sont, en fait, confondus depuis le milieu du XXe siècle. Ils sont le plus souvent pratiqués conjointement avec d'autres arts martiaux comme le Karaté ou l'Aikido, en particulier.
Les mêmes armes se retrouvent, à quelques variantes minimes près, dans les systèmes nippons et okinawaïens. Leur point commun est qu'elles ont été développées en premier lieu pour les besoins de combattants non professionnels (Bushi et Samurai, largement dotés d'armes efficaces, considéraient celles de Kobudo comme non nobles, armes de manants ou encore de Ninja), même si, par la suite, certaines ont évolué pour s'adapter également aux besoins de la guerre. Les Kobudo ont d'abord été, et ce jusqu'à une période très récente, des Kobu-jutsu, où la technique (jutsu) guerrière (bu), destinée à rejeter l'envahisseur japonais, faisait passer à l'arrière plan ce qui n'est devenu que par la suite l'amorce d'une voie (Do). Ce n'est en effet que plus tard qu'ils se sont imprégnés d'éléments spirituels pris à d'autres arts martiaux déjà plus affinés et qui les ont érigés en authentique Budo.



Le Kobudo au Japon


Entrent sous l'appellation de Kobudo des techniques d'armes intégrées aux anciennes écoles de Ju-jutsu comme Tenjin Shinyo-ryu. L'appellation s'applique également à des écoles de So-jutsu, Naginata-jutsu, Kyu-jutsu, et bien d'autres. On trouve dans ces systèmes d'armes : Tetsubo (barre de fer), Tessen (éventail de combat), Kama (faucille), Surujin (chaîne), Sai (trident) et Jitte, bâton en diverses longueurs (Bo, Jo, Hanbo, Kongo, Koshinobo), ainsi que des armes plus spécialement utilisées en Nin-jutsu (Shuriken, Kyoketsu-shoge).
Nombre de ces armes sont directement d'inspiration okinawaïenne, les Samuraïs japonais ayant été confrontés aux Kobudo d'Okinawa dès le XVIIe siècle.

Le Kobudo d'Okinawa


Les Kubudo et l'Okinawa-te, ancêtre du Karaté, ont les mêmes bases, techniques et mentales, car issus d'un même contexte géographico-historique. Ils sont les reflets d'une même culture traditionnelle, produits des contraintes du cadre géographique et des défis de l'histoire.
Il s'agit d'arts de guerre se pratiquant avec des armes qui sont en général de vulgaires instruments agricoles (utilisés pour la moisson, le battage du riz, la pêche, ...) adaptés aux techniques locales de combat sans armes. On appelait à l'origine ces techniques Ti-gua, puis Ko-bujutsu. De cette synthèse résultèrent des techniques d'autodéfense originales et relativement complexes, en tout cas inattendues, qui firent des ravages parmi les envahisseurs. Ces armes furent les outils improvisés pour la survie d'un peuple de pêcheurs et de paysans mobilisés dans la résistance contre la tentative d'asservissement des Samuraï japonais du clan Satsuma, considérés comme des étrangers. L'esprit de la résistance devint un sens inné, une sorte de seconde nature, d'une population perpétuellement menacée parce qu'elle se trouvait, géographiquement, à une croisée des chemins. Chinois, Japonais, Malais, Philippins, pirates de tous bords, soumirent pendant des siècles cette île à ds razzias et occupations permanentes.

Art Martial - kobudo A y regarder de plus près , les techniques d'armes mises au point à Okinawa à partir du XIVe siècle ne sont vraiment originales que par la tentative de codification extrêmement sérieuse qui en a été faite. Les Kobudo sont un tout en soi, un système complet et varié, parfaitement adapté aux besoins d'une population rustique qui n'avait ni disposition particulière ni moyens d'apprendre toutes les "ficelles" de l'art du combat individuel, comme pouvait le faire un guerrier professionnel. L'originalité des Kobudo d'Okinawa réside moins dans les formes techniques, prises individuellement, que dans la synthèse qui en a été faite et dans l'esprit qui présidait à leur emploi.
Bien d'autres peuples de l'Asie du sud est, insulaires (Java, Sumatra) ou non (Corée, Vietnam) ont eut, confrontés aux mêmes impératifs, la même démarche intellectuelle de base qui s'est traduite par la mise au point d'armes identiques ou du moins très semblables. Okinawa n'a pas l'exclusivité du fléau de bois (Nunchaku), du bâton (Bo), de la faucille (Kama), etc... Leur usage était déjà connu dans la Chine ancienne. Le Japon médiéval les adopta également. Mais, sans doute en raison même de l'étroitesse du cadre géographique, ce ne fut qu'à Okinawa que ces techniques furent développées avec une telle intensité et un tel degré de détails. Surtout, ces techniques s'y développèrent au niveau du peuple alors qu'ailleurs, notamment au Japon, elles restèrent au niveau de l'élite guerrière du pays, jalouse de son autorité ; elles prirent donc l'espect de techniques annexes, pratiquées à des techniques "nobles".

A Okinawa, les Kobudo ont eut en soi leurs "lettres de noblesse". Ils furent réellement le reflet à la fois des possibilités physiques et des dispositions mentales de tout un peuple perpétuellement menacé. D'où, bien mieux qu'ailleurs, cette véritable identité entre les hommes et leurs moyens. A Okinawa, les Kobudo furent réellement un fait de civilisation, rustique sans doute, mais, dans son genre, extrêmement élaboré. Ils furent l'expression d'une culture. L'existence de Kata de Kobudo, ainsi que l'intégration d'éléments philosophiques et psychologiques pris cette fois des arts martiaux japonais dans la dernière partie du XIXe siècle, élèvent ces techniques guerrières au rang d'authentiques Budo. Cependant, comparée à celle des anciens Budo japonais, remontant à l'époque des Tokugawa, leur histoire est relativement récente. Leur codification définitive a été due à l'action de certains experts, figures de proues, comme Matsu Higa ou, plus récemment, Taira Shinken ou Matayoshi Shinko.
Le grand public japonais puis mondial ne découvrit vraiment les arts du Kobudo d'Okinawa que dans les années 1970, avec la première grande démonstration donnée par l'expert japonais Sakagami Ryusho lors des premiers championnats du mondes de Karaté à Tokyo puis, en avril 1972, celle de Hayashi Teruo aux seconds championnats du monde de Karaté à Paris. Depuis, les kobudo se sont rangés dans la grande famille des arts martiaux de l'extrême orient qui sont autant de cheminements possibles de l'homme en quête de sa perfection à travers ces défis que sont les pratiques au sommet de disciplines devenues formes d'expression d'une union corps-esprit, source d'efficacité totale.